Coopération judiciaire RDC–Belgique : Kinshasa en quête d’un partenariat opérationnel contre la criminalité financière

En mission officielle à Bruxelles du 23 au 30 mars 2026, le ministre d’État congolais en charge de la Justice, Guillaume Ngefa Atondoko Andali, a entamé une série de rencontres stratégiques visant à renforcer la coopération judiciaire entre la République démocratique du Congo, la Belgique et l’Union européenne. Accompagné du procureur général près la Cour de cassation, Firmin Mvonde Mambu, il ambitionne de bâtir un partenariat concret axé sur la lutte contre la criminalité transnationale, la corruption et le blanchiment des capitaux.
Dès l’ouverture de sa mission, le ministre congolais a été reçu par la procureure fédérale belge, Ann Fransen, en présence notamment de Frédéric Van Leeuw, président du Collège des procureurs généraux. Les échanges ont porté sur le renforcement des mécanismes de collaboration judiciaire, notamment en matière de criminalité financière et économique. Les deux parties ont convenu de promouvoir des échanges de bonnes pratiques, d’organiser des formations conjointes pour magistrats et enquêteurs, ainsi que de bénéficier de l’expertise belge dans des domaines émergents tels que les cryptoactifs.
Un accent particulier a été mis sur la question sensible de la récupération des avoirs illicites. Les discussions ont évoqué la possibilité de restitution et de partage des biens saisis et confisqués, un enjeu majeur pour Kinshasa dans sa lutte contre la corruption. La partie belge a également souligné sa capacité à poursuivre certains crimes commis hors de son territoire, ouvrant ainsi la voie à une coopération judiciaire plus étroite sur des dossiers déjà existants entre les deux pays.
Les réformes institutionnelles en cours ont également été au cœur des discussions. Tandis que la RDC met en place un tribunal pénal économique et financier, la Belgique développe une section spécialisée au sein de son parquet fédéral. Cette convergence ouvre des perspectives d’échanges techniques approfondis, notamment sur les cadres législatifs et les pratiques judiciaires adaptées à la lutte contre la criminalité organisée.
Par ailleurs, Frédéric Van Leeuw a attiré l’attention sur les dérives liées aux réseaux sociaux, évoquant un arrêt récent de la Cour de cassation de Belgique distinguant les publications numériques du délit de presse. Cette évolution juridique permet désormais de poursuivre plus efficacement les contenus incitant à la violence. Il a insisté sur la nécessité d’une réponse éducative et préventive face à la radicalisation en ligne, tout en appelant à adapter la coopération bilatérale aux différences législatives.
La journée du ministre congolais doit se poursuivre par une rencontre avec Anneleen Van Bossuyt, ministre belge de l’Asile et de la Migration, dans la perspective d’une meilleure coordination entre justice et politiques migratoires. Cette mission marque ainsi une étape importante dans la redynamisation des relations judiciaires entre Kinshasa et ses partenaires européens.
Diallo MWAMBA



